LA CHASSE A LA BALEINE (Grindadrap)
Qu'est-ce qu'un globicéphale noir ? : cliquez ici pour voir sa fiche signalétique Une mer qui vire au rouge sous les coups de couteau des pêcheurs qui rabattent vers la plage des troupeaux entiers de baleines noires. Inhumain et cruel ? Superflu pour l'homme et dangereux pour l'équilibre naturel de la population des océans ? A priori, ce massacre est indéfendable.
Les Féringiens, qui pratiquent cette chasse rituelle, se sentent souvent incompris à ce sujet. Il ne s'agit pas ici de diminuer l'horreur que constitue cette chasse. J'ai essayé ici de retranscrire les pensées des populations que j'ai rencontrées. L'animal pourchassé s'appelle 'globicéphale noir' (globicephala mela). C'est un cétacé pesant 3 tonnes, entièrement noir. Les Féringiens l'appellent "grindahvalur", en français, on dit 'épaulard à tête ronde'. Les méthodes sont humanisées. L'on rabat un troupeau de globicéphales passant à proximité de l'archipel. Les pêcheurs vont guider les animaux, qui ne se déplacent qu'en groupe, vers une plage "d'échouage" prévue par la réglementation (il en existe 21). L'abattement intervient par la section rapide des vaisseaux du cou du globicéphale. On ne tue plus les animaux à coups de lance ou en haute la mer. La mise à mort intervient en quelques secondes. Cette chasse constitue une tradition ininterrompue depuis la fin du XVIe siècle. Contrairement à la corrida, ici la mise à mort n'est pas un pur spectacle, c'est un sacrifice rituel dont se nourrit depuis toujours l'archipel. Lorsque l'alarme est donnée, tout le village se précipite vers la plage d'échouage. Chaque habitant, même s'il na pas pris part à l'expédition, reçoit une part de viande et de lard. L'animal ne sert qu'à la consommation du Féringien. Pas d'exportation, ni de transformation de la graisse en rouge à lèvre ou cosmétiques. C'est l'activité qui, rassemblant tous les Féringiens, leur fait retrouver un esprit communautaire que la vie moderne a un peu tué. Aujourd'hui, le globicéphale, conservé séché ou congelé, entre pour une bonne part dans l'alimentation : le 1/4 de sa consommation annuelle de viande. Depuis 1986 des lois ont réglementé la chasse. Pour ce qui est de l'équilibre naturel, il n'est pas menacé. Les Féringiens capturent en moyenne de 800 à 2000 globicéphales par an (pas de période précise de chasse). Le nombre de prises est inégal d'une année sur l'autre (1 millier en moyenne, mais 285 seulement en 1995). Il n'y a pas eu de "Grind" en 2002. On estime à plus de 100 000 le nombre de ces animaux dans cette région du monde, soit un "prélèvement" de 1 à 2 % sur la population totale. On compte plus de 900 000 globicéphales noirs dans le monde, et sa chasse fait l'objet d'une réglementation qui tient en compte la souffrance de l'animal. On reste donc dans le cadre d'une pêche traditionnelle et artisanale, qui ne s'apparente pas au commerce mondial indéfendable des baleines, auquel se livrent la Norvège et le Japon. L'amalgame risque d'être trop vite établi. Cette pêche est avant tout un fait culturel. Cliquez sur la photo pour l'élargir |